Le 7 février 2026 doit marquer la fin du Conseil présidentiel de transition (CPT). À l’approche de cette échéance, un constat s’impose : la transition n’a pas permis de stabiliser le pays, ni sur le plan sécuritaire ni sur le plan institutionnel. Haïti demeure sans élus, et l’idée d’organiser prochainement une élection présidentielle gagne du terrain au sein du CPT.
Ce scénario, présenté comme un moyen de restaurer une autorité au sommet de l’État, soulève pourtant d’importantes interrogations. Le pays n’a jamais été aussi fragmenté, et la tenue d’un scrutin présidentiel dans les conditions actuelles apparaît particulièrement incertaine. Historiquement, les élections présidentielles en Haïti ont souvent donné lieu à des contestations, même lorsque les résultats semblaient clairs. La faible participation ou les irrégularités perçues ont régulièrement alimenté des débats sur la légitimité du chef de l’État.
Aujourd’hui, l’environnement est encore plus défavorable. Plus de 90 % de la capitale et de sa zone métropolitaine sont sous le contrôle de groupes armés. L’Artibonite, l’un des départements les plus peuplés du pays, connaît également une dégradation importante de la sécurité. Une large partie de la population serait de fait exclue d’un tel scrutin, et un président élu dans ces conditions risquerait d’être contesté dès son entrée en fonction.
Dans ce contexte, une alternative mérite d’être examinée : la reconstitution, même partielle, du Parlement haïtien. Depuis 2018, le pays évolue dans un vide institutionnel marqué, sans législature pour équilibrer le pouvoir exécutif ou porter les débats nationaux. Un Parlement, même réduit, pourrait redonner un cadre constitutionnel à la transition.
Bien sûr, organiser des élections législatives pose les mêmes défis que pour une élection présidentielle. Certaines circonscriptions — notamment dans l’Ouest, le Centre et l’Artibonite — ne pourraient probablement pas participer en raison de l’insécurité. Il faudrait accepter l’idée d’un Parlement tronqué, composé uniquement de représentants élus dans les zones où le vote peut se dérouler sans contrainte majeure.
Par exemple, l’Assemblée nationale pourrait compter environ 21 sénateurs et entre 82 et 92 députés*, selon l’évolution de la situation sur le terrain. Une telle configuration ne serait pas idéale, mais elle resterait représentative. Les dernières élections législatives de 2015 avaient montré la diversité du paysage politique haïtien, avec 21 partis ou regroupements présents au Parlement. On peut raisonnablement penser qu’une assemblée réduite refléterait encore une pluralité de points de vue.
Dans les communes non touchées par la violence, des élections municipales pourraient également être organisées, permettant au pays de retrouver plus de 200 représentants élus. Cela contribuerait à rétablir un minimum d’encadrement institutionnel et à donner un mandat clair à ceux qui gouvernent.
Dans ce schéma, un président élu par l’Assemblée nationale et un Premier ministre approuvé par le Parlement disposeraient d’une légitimité procédurale plus solide que des dirigeants désignés par accord politique ou pression internationale, comme c’est le cas depuis plusieurs années.
Plusieurs pays ont organisé des élections en période de crise aiguë, parfois en plein conflit. Haïti, malgré les défis spécifiques auxquels il fait face, pourrait s’inspirer de ces expériences pour avancer vers une reconstruction progressive de ses institutions.
Dans un moment où la tentation est grande de chercher des solutions rapides, il est utile de rappeler que la stabilité durable passe souvent par le rétablissement patient et méthodique des structures démocratiques. Pour Haïti, cette reconstruction pourrait commencer par un Parlement.
D. Alain Menelas

* Certaines zones devraient être exclues du processus, notamment les trois départements frappés de plein fouet par la violence. Concrètement :
14 de l’Ouest (Port-au-Prince, Croix-des-Bouquets)
6 circonscriptions du Centre (dont Mirebalais et Lascahobas),
7 de l’Artibonite (Dessalines, Saint-Marc),
